Une offre indicative donne une valeur d’entreprise, souvent sous forme de fourchette, établie sur la base du mémorandum d’information et avant toute due diligence. Ce n’est ni un engagement ni une prévision du prix final. Elle vous dit comment l’acquéreur valorise la société aujourd’hui, et quelle marge de manœuvre il s’est laissée.
Deux offres affichant la même valeur peuvent aboutir à des résultats très différents. C’est dans les pages qui suivent le chiffre que se fait la vraie lecture.
On passe de la valeur d’entreprise à la valeur des titres par un pont : dette nette, éléments assimilés à de la dette, ajustements de BFR, frais de transaction. Chaque acquéreur définit ces notions à sa manière, et les écarts peuvent être significatifs. Une offre généreuse sur la valeur d’entreprise mais agressive sur ce qui compte comme de la dette peut finir en dessous d’une offre plus prudente.
Lire une offre, c’est se demander ce que l’acquéreur considère comme assimilé à de la dette (produits constatés d’avance, earn-outs, provisions, engagements sociaux), quel niveau de BFR il juge normatif, et s’il a seulement explicité ces hypothèses.
Ce qui est payé au closing, ce qui est différé ou conditionné à des performances futures, et ce que les actionnaires sont invités à réinvestir aux côtés de l’acquéreur. Un earn-out peut combler un écart de valorisation, mais il transfère le risque au vendeur et repose sur des définitions qui seront négociées ligne à ligne plus tard. Un réinvestissement aligne les intérêts, mais change la nature de l’opération.
Un fondateur doit lire la structure comme l’expression de ce que l’acquéreur pense réellement de la société : plus le prix est conditionnel, moins l’acquéreur est convaincu.
Qui paie, et avec quoi. Un industriel qui paie sur sa trésorerie, un fonds disposant de capitaux engagés, ou un acquéreur qui doit encore lever sa dette d’acquisition ne présentent pas du tout le même risque de non-réalisation. Les autorisations internes, les notifications au titre du contrôle des concentrations ou de la réglementation, et les conditions suspensives au closing sont les autres sources d’incertitude.
Dans un processus compétitif, la certitude se monnaie. Une offre légèrement inférieure d’un acquéreur capable de signer en huit semaines vaut souvent davantage qu’une offre plus élevée dont le financement reste à trouver.
Les acquéreurs sérieux disent ce qu’il leur reste à voir et le temps qu’il leur faut. Une liste courte et précise de points en suspens signale un acquéreur qui a fait le travail ; une demande vague d’accès complet et un calendrier ouvert, un acquéreur qui ne l’a pas fait.
Le calendrier compte aussi pour le vendeur. Chaque mois de processus supplémentaire est un mois d’attention du management détourné de l’activité, et un mois pendant lequel les chiffres peuvent bouger.
Enfin, ce que l’acquéreur prévoit pour le management, les salariés, la marque et le produit. Tous les fondateurs n’y accordent pas le même poids, mais c’est dans l’offre, implicitement ou explicitement, et c’est plus facile à négocier avant l’exclusivité qu’après.
Le chiffre de la première page ouvre la discussion, il ne la conclut pas.